Légendes et chimères

Le singe dormant,perché sur un caillou, au fin fond du bayou questionnait en mordant le fruit pour savoir s’il était toxique, et si la musique racontait une histoire.
Mais la bible noire endormie à ses pieds n’avait nulle pitié ni ne portait d’espoir, elle disait : «dans la nuit du silence il n’est rien, rien d’autre que des chiens qui avancent sans bruit». Eux nourrissent l’aigre manne avec leurs yeux de mort et vont gonfler le corps de quelque dieux sans âme et celle-ci pleurait avec un grand sourire ses larmes de martyre inondant la forêt.
Au loin dans la mangrove on entend un long cri, le primate à l’oeil torve déchire les écrits du grimoire apocryphe, prophétisant la peste et saigne entre ses griffes la pourriture céleste ! Le prince vinellent dès le lendemain, en but le lent venin et tous les morts-vivants avec leurs langues vertes, répandirent sous le sol, la terrible parole du grand nabot inerte !

C’est alors qu’arrivèrent de drôles de naufragés,
sur une pauvre galère aux voiles arrachées;
l’un portait une immense moustache, l’autre un vieux galure troué,
la troisième une bourrasque folle en son regard floué,
le quatrième riait sans honte avec un entrain maléfique
et le dernier de ces monstres était agité de tics.
Et tous roulaient des yeux horribles et poussaient d’affreux hurlements
et jouaient de façon terrible avec d’étranges instruments !
Et les eaux limoneuses se teintèrent de sang,
et il monta des dents aux racines amoureuses,
la jungle éprise à la folie fit un festin anthropophage,
lorsqu’ivre de mélancolie le fleuve avala l’équipage.
Aujourd’hui l’on raconte que certains soirs d’octobre,
du fond des marais croupis qui bordent l’estuaire,
leurs cadavres remontent pour semer l’opprobre,
immondes, grouillants, pourris et dégoulinant de vers.
Ils emportent avec eux et noient dans le courant
l’innocent malheureux qui écoute leur chant…
Ainsi donc braves gens, bouchez vous les oreilles
pendant qu’il en est encore temps,
et prenez garde à vos orteils !